15/04/2006

LES VINS

Le vignoble marocain en plein essor

MarocC’est à une véritable mue qu’est appelé le secteur des vins marocains. Avec une production annuelle moyenne inférieure à 400.000 hectolitres, le Royaume est bien loin des formidables performances enregistrées au début des années 60. La production nationale avait alors enregistré un pic de 3 millions d’hectolitres. Mais ce n’était pas une grande référence car cette production, dix fois plus élévateur que celle d’aujourd’hui, serait essentiellement destinée à être exportée en vrac vers la France afin de servir de base pour améliorer les vins issus de l’Hexagone (coupage). Aujourd’hui, face à une demande internationale en constante évolution, à un changement des exigences des consommateurs, le secteur tente d’entamer des réformes, aussi bien au niveau réglementaire qu’à celui du processus de production. “Seule une stratégie de maîtrise de la qualité et des coûts de production des produits, donc de la matière première, sera à même de redonner au secteur vitivinicole marocain ses lettres de noblesse, et de reprendre le développement de ce secteur”, explique Mehdi Bouchaara, directeur général adjoint des Celliers de Meknès. En effet, c’est un domaine à très forte valeur ajoutée d’emplois ruraux, et “générant des ressources importantes au profit de l’Etat marocain”, ajoute-t-il. Le secteur serait-il en perte de vitesse? Sur les marchés étrangers, la concurrence est rude. Les pays du Bassin méditerranéenne sont pas les seuls à pénétrer le plus important marché du monde, l’Europe. L’Afrique du Sud, l’Argentine, le Chili ou encore les USA ont développé ces dernières années une importante industrie viticole. Ces “nouveaux pays viticoles” mènent la vie dure et représentent une véritable menace pour le Maroc et les producteurs disposant d’une tradition vitivinicole ancestrale. Si le Maroc a, depuis de longues décennies, déjà mis en place une industrie viticole de haut niveau, plus question pour lui aujourd’hui de “dormir sur ses anciens lauriers”. Il doit se réorganiser, s’étoffer et disposer des mêmes atouts que les pays concurrents. Cette nécessaire adaptation concerne l’ensemble des étapes du processus de production. De la plantation de nouveaux cépages à la mise en place de techniques de vinification élaborée en passant par le développement de techniques marketing modernes, le secteur des vins doit impérativement répondre aux nouveaux critères internationaux.
Les atouts du Maroc sont indéniables. La réputation qu’il s’est forgée ces dernières années sur des marchés aussi exigeants que la France ou l’Italie le classe dans la cour des grands. La consécration aura été atteinte avec l’attribution d’une Appellation d’origine contrôlée (AOC) à un vin marocain produit par les Celliers de Meknès, “les Côteaux de l’Atlas”. L’exigence des normes de production requises pour l’obtention d’une AOC place le pays à un niveau de technicité équivalent aux pays européens. L’AOC est une distinction française, internationalement reconnue, et qui indique qu’un vin est de haute et constante qualité. Non seulement il faut des vignobles, des expositions et des terroirs de qualité mais en plus il faut un savoir-faire précis, reproductible et minutieux, pour prétendre à une AOC.
“Le Maroc est le premier pays africain à avoir obtenu une AOC dans le secteur des vins, explique Jacques Poulain, directeur général de Thalvin, ce qui lui confère une image de marque très favorable sur les marchés étrangers”.
Mais c’est aussi et surtout par rapport au marché local que le secteur se doit d’améliorer la qualité des produits fabriqués car c’est à son niveau qu’est écoulée la majorité de la production.
Lors de la campagne vitivinicole 2003/2004, seuls 74.440 hectolitres ont été exportés sur les 342.934 hectolitres produits globalement, soit moins de 22%. “Le marché intérieur absorbe en moyenne 280.000 hectolitres, il est nettement plus porteur que l’export”, explique un opérateur. Ce marché est aussi devenu plus exigeant en matière de qualité. “Les vins de qualité supérieure enregistrent des progressions intéressantes au niveau des ventes au détriment des vins de table”, ajoute-t-il. 60% de la demande portait, il y a près de dix ans, sur des vins de table. Cette proportion se situe actuellement à un niveau inférieur à 50%. L’entrée sur le marché de nombreux vins importés ne manquera pas d’inciter les producteurs locaux à s’aligner sur les mêmes standards. Les importations de vins ont en effet connu des progressions notables ces cinq dernières années. Elles sont passées de 59.033 hectolitres en 1999/2000 à 77.555 hl en 2003/2004. Pourtant, les difficiles conditions climatiques des précédentes campagnes n’ont pas facilité l’amélioration de la qualité. Les rendements déficients de 35 à 45 quintaux par hectare agissent défavorablement sur la qualité. Dans la région bordelaise, les rendements avoisinent 85 quintaux par hectare. Il faudra également réfléchir sur le choix des cépages. “La qualité d’un vin dépend très largement du cépage utilisé et du mode de conduite du vignoble”, explique Bouchaara. La maîtrise de la matière première s’avère donc indispensable. Le secteur a toutefois de beaux jours devant lui. Avec le développement touristique qui a commencé et l’implantation de groupes hôteliers de renommée internationale, la consommation locale est appelée à croître. Et ce n’est certainement pas un hasard si des groupes aussi prestigieux que le géant belge Castel, premier négociant de vins en Afrique, a décidé de s’implanter au Maroc.

14:12 Écrit par Suzette Alanis | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.